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Introduction
Le 18 octobre 2007, 28 grands dauphins de l’océan
indien (Tursiops aduncus)
(Annexe II de la CITES) ont été
exportés par les Iles Salomon vers les Émirats
Arabes Unis. Ce commerce a suivi une exportation similaire de 28 grands
dauphins de l’océan indien des Iles Salomon vers
le Mexique en juillet 2003. Les Iles Salomon ont confirmé
leur plan de procéder à l’exportation
de jusqu’à 100 dauphins vivants par an
(espèces non spécifiée).
Les informations scientifiques sur les
stocks de T. aduncus
(ou toute autre espèce de dauphin) dans
les eaux des Iles Salomon manquent considérablement ce qui
est confirmé par le président du Groupe de
Spécialistes sur les Cétacés (CSG) de
l’UICN dans des lettres transmises au Secrétariat
de la CITES et au gouvernement des Iles Salomon en juin 2007 (UICN CSG
2007 a,b). Le Comité Scientifique de la Commission
Baleinière Internationale a également
débattu des captures de grands dauphins vivants
s’étant déroulées en 2003
dans les Iles Salomon. Ce Comité a noté
qu’ « aucune estimation d’abondance, ou
de structure de population ou de taux vitaux n’est disponible
» et a réaffirmé sa «
recommandation de précéder toute capture vivante
par une évaluation complète de
l’état [des populations] »
(Comité Scientifique de la CBI 2004). Par
conséquent, les exportations qui ont
déjà eu lieu et qui auront
éventuellement lieu ne sont pas compatibles avec la mise en
application de l’Article IV de la CITES qui exige la
délivrance d’un avis de commerce non
préjudiciable basé sur la science avant que
l’exportation d’une espèce de
l’Annexe II ne soit autorisée.
Il est rapporté que les
Iles Salomon ont issu un permis CITES. La délivrance du
permis CITES obligatoire n’est conforme aux exigences de
l’Article IV de la CITES que si les avis requis par
l’Article IV ont été issus. Dans la
présente instance, il s’agit de
déterminer si le permis d’exportation
était basé sur les avis nécessaires,
et pouvait donc être issu considérant le manque
d’informations scientifiques pouvant justifier la
délivrance d’un avis de commerce non
préjudiciable.
Comme le prévoit la Résolution
CITES Conf.10.3, les avis de
l’autorité scientifique d’un pays (y
compris les avis de commerce non préjudiciable) doivent
être « fondés sur l'examen scientifique
des informations disponibles concernant l'état des
populations, la répartition géographique, les
tendances des populations, les prélèvements et
autres facteurs biologiques et écologiques, selon les
besoins (…). » De plus, la Résolution
CITES Conf.14.7 sur la
gestion des quotas d’exportation établis au plan
national déclare que « le principe fondamental
à suivre est que la prise de décisions concernant
le niveau durable des exportations doit être scientifiquement
fondée (…). »
Cependant,
d’après les lettres du CSG de l’UICN,
« Nous n’avons pas connaissance de la moindre
étude crédible, revue par les pairs, ayant
été menée sur les grands dauphins dans
les Iles Salomon depuis 2003. Par conséquent, nous
n’avons pas modifié la conclusion que nous avons
formulée en 2003 affirmant que la délivrance
d’un avis CITES de commerce non préjudiciable est
impossible pour ces populations et que les exportations ne devraient
pas avoir lieu » (UICN CSG 2007a, b).
Malgré la communication de
ces informations, M. Willem Wijnstekers, le Secrétaire
Général de la CITES, a
issu le 15 octobre 2007
une déclaration affichée sur le site Internet de
la CITES qui
affirme que « le Secrétariat n’a
reçu aucune preuve [concernant les dauphins des Iles
Salomon] démontrant qu’un avis de commerce non
préjudiciable n’a pas été
dûment émis avant d’autoriser une
exportation. ». Cette déclaration refuse de
prendre en compte et ignore les déclarations
formulées par les spécialistes des
cétacés les plus reconnus au monde, y compris les
spécialistes de la région indopacifique.
Par ailleurs, la
déclaration du Secrétaire
Général de la CITES comprend plusieurs
inexactitudes et plusieurs idées erronées qui
devraient susciter l’inquiétude des Parties
à la CITES. Nous pensons que la décision du
Secrétaire Général de la CITES de
publier une déclaration publique soutenant
l’exportation des dauphins par les Iles Salomon
n’est pas compatible avec les obligations du
traité de la CITES ou les Résolutions
adoptées par les Parties à la CITES sur la
délivrance des avis de commerce non préjudiciable.
Nous souhaitons par
conséquent soumettre la réponse suivante
à la déclaration officielle et aux autres
commentaires du Secrétariat de la CITES sur les exportations
de dauphins en provenance des Iles Salomon.
Réponse
La base scientifique et les questions
de
gestion justifiant la délivrance des permis CITES
constituent
l’essence même du traité CITES. Sans ces
justifications scientifiques et de gestion, la CITES devient un
mécanisme d’échange de
formalités
administratives où des documents sont
délivrés
sans que les évaluations nécessaires soient
faites pour
garantir que la délivrance de ces documents est
justifiée. La délivrance d’un avis de
commerce non
préjudiciable nécessite plus qu’une
déclaration orale ou écrite stipulant que
l’exportation ne sera pas préjudiciable
à la survie
d’une espèce dans la nature – celle-ci
exige
nécessairement la formulation d’avis scientifiques
et de
gestion par l’Autorité Scientifique du pays
d’exportation.
Les Résolutions de la CITES
Conf.10.3
et 14.7 déclarent clairement l’intention des
Parties
à la CITES de faire de la validation scientifique le
principe le
plus important des avis de commerce non préjudiciable
requis.
S’il y a des justifications solides pour remettre en cause la
base scientifique utilisée, il y a des justifications
solides
pour que le Secrétariat examine s’il est
conseillé
d’autoriser le commerce. Cependant, dans le cas
présent,
le Secrétaire Général de la CITES, et
donc le
Secrétariat, a choisi d’ignorer les deux
Résolutions CITES Conf.10.3 et 14.7 et les recommandations
du
CSG de l’UICN. Le rôle du Secrétariat
est
d’assister les Parties, ou de leur signaler les infractions
ou
les problèmes touchant à la mise en application
de la
CITES. Le rôle du Secrétariat n’est pas
de
légitimer la délivrance des permis sans les avis
scientifiques nécessaires. Une telle légitimation
est
contraire à l’esprit du traité de la
CITES et
à l’intention des Parties.
Par ailleurs, c’est le
rôle du
Secrétariat de la CITES de venir conseiller et porter
assistant
aux pays en voie de développement quand cela lui est
demandé. Nous reconnaissons qu’un pays en voie de
développement tel que les Iles Salomon n’a
peut-être
pas la capacité de délivrer des avis de commerce
non
préjudiciable basés sur la science, ou
d’entreprendre les inventaires nécessaires et de
mettre en
œuvre les mesures de gestion requises pour
l’espèce.
Nous pensons qu’il est important d’offrir de
l’assistance aux Iles Salomon pour équiper ses
autorités afin que ces dernières puissent
gérer
efficacement les ressources marines du pays. Une déclaration
telle que celle du Secrétaire Général
de la CITES
ne facilite pas la mise en œuvre d’une telle
assistance ou
d’une telle coopération, et ne vient pas augmenter
la
probabilité pour que les pays en voie de
développement
viennent requérir l’assistance du
Secrétariat dans
l’avenir.
1.
« Le commerce de
dauphins vivants continue d’attirer l’attention des
ONG, du
grand public et d’un certain nombre de Parties à
la CITES
et de générer des commentaires très
négatifs. Le Secrétariat CITES reçoit
actuellement
de nombreuses demandes le priant d’intervenir pour
qu’il
soit mis un terme à ce commerce »
–– Secrétaire
Général de la CITES
Nous ne sommes pas
informés de toutes les requêtes
envoyées au
Secrétariat, mais les requêtes dont nous avons
connaissance ont demandé au Secrétariat de jouer
son
rôle en application du paragraphe 2 (h) de
l’Article XII
qui déclare que le rôle du Secrétariat
est de
« faire des recommandations pour la poursuite des objectifs
et la
mise en application des dispositions de la présente
Convention,
y compris les échanges d'informations de nature scientifique
ou
technique ». Il a été
demandé au
Secrétariat de donner des informations et
d’assister le
pays d’exportation pour que celui-ci n’autorise pas
un
commerce qui ne respecte pas le traité de la CITES. Il
n’a
pas été demandé au
Secrétariat de «
mettre un terme à ce commerce » de
façon
générale. Le Secrétaire
Général a
confondu (assimilé) un cas de commerce spécifique
avec
tous les cas de commerce similaire. Un cas d’un certain type
de
commerce (tel que le commerce des cétacés
vivants) peut
venir violer les obligations de la CITES sans que tous les cas de ce
type de commerce violent la CITES. Nous sommes en accord avec
l’opinion du CSG de l’UICN disant que les
exportations de T.
aduncus en provenance des Iles Salomon ne sont pas
conformes
à l’Article IV de la CITES puisque aucun avis de
commerce
non préjudiciable crédible ne peut être
ou
n’a été émis.
C’est là la seule
question en cause (et pas la validité des exportations de
cétacés vivants ou même de Tursiops
ailleurs dans
le monde).
2.
« J’ai déjà fait deux
déclarations à ce sujet – le 30 juillet
2003 et le 5 mars 2004. On peut les consulter dans les archives de la
CITES conservées sur son site web »
--Secrétaire Général de la CITES
Dans sa
déclaration du
30 juillet 2003
(http://www.cites.org/fra/news/press/2003/030730_dolphin.shtml), le
Secrétaire Général de la CITES a
affirmé
qu’il estimait « que tant que le Mexique n'aurait
pas
reçu d'informations [scientifiques et autres] des Iles
Salomon
sur les points évoqués ci-dessus [par le
Secrétariat], l'importation ne devrait pas être
autorisée ». Il a également
affirmé que
« s'il reçoit des éléments
indiquant que les
conditions requises par la CITES ne sont pas remplies, [le
Secrétariat] n'hésitera pas à
recommander le rejet
des permis d'exportation délivrés par les Iles
Salomon.
» Le Secrétariat a reçu une lettre
datée du
13 juin 2007 du CSG de l’UICN indiquant qu’il
n’y
avait toujours pas d’informations scientifiques sur les
populations de dauphins dans les eaux des Iles Salomon (UICN CSG 2007
a). Malgré la présentation de ces preuves
montrant que
les critères posés par la CITES
n’avaient pas
encore été remplis (dans la présente
instance, le
fait qu’il n’y a aucune base scientifique
permettant de
délivrer un avis de commerce non-préjudiciable),
le
Secrétariat n’a pas recommandé le rejet
des permis
d’exportation issus par les Iles Salomon. Cela constitue une
incohérence.
3. «
Bon nombre de
personnes et d’organisations qui ont contacté le
Secrétariat pour exprimer leurs préoccupations
concernant
le commerce de dauphins vivants ont mentionné le fait
qu’aucune exportation ne peut être
autorisée sans
qu’un avis de commerce non préjudiciable ait
été émis. C’est
effectivement l’un des
principes fondamentaux de la CITES, qui garantit que
l’exportation de spécimens d’une
espèce ne
nuira pas à la survie de ses populations dans la nature
».
--Secrétaire Général de la CITES
Les commentaires
de plusieurs
personnes et organisations ayant contacté le
Secrétariat
consistaient à dire qu’aucune exportation ne peut
être autorisée sans un avis de commerce non
préjudiciable valide
; c'est-à-dire un avis de
commerce
non préjudiciable dont la délivrance est
justifiée
par l’information scientifique et de gestion
adéquate
conformément aux Résolutions CITES Conf.10.3 et
14.7. Le
Secrétariat a été informé
par le CSG de
l’UICN du fait qu’il n’existe aucune
information
scientifique sur les populations de dauphins qui occupent les eaux des
Iles Salomon. Leurs commentaires faisaient donc
référence
au manque d’information scientifique et pas au manque
d’avis de commerce non préjudiciable per se.
4. «
La Conférence des Parties à la CITES a
noté qu’il y a plusieurs manières
d’émettre les avis de commerce non
préjudiciable; c’est pourquoi, en juin de cette
année, à sa 14e session, elle a
décidé que ce sujet serait approfondi. Quoi
qu’il en soit, elle ne recommande pas pour le moment de
méthode particulière pour émettre ces
avis ».
--Secrétaire Général de la CITES
Les Parties ont
décidé que tous les avis des Autorités
Scientifiques, y compris les avis de commerce non
préjudiciable, doivent être «
fondés sur l'examen scientifique des informations
disponibles concernant l'état des populations, la
répartition géographique, les tendances des
populations, les prélèvements et autres facteurs
biologiques et écologiques, selon les besoins
(…). » (Résolution CITES Conf.10.3).
Les Parties lors
de leur 14ième session ont en effet
décidé d’organiser un atelier
international pour revoir plus en détail les avis de
commerce non préjudiciable d’un point de vue
technique et scientifique, avec des études de cas sur le
type d’information scientifique à recueillir. Les
résultats de cet atelier ne doivent pas être
confondus avec les obligations à la base de la CITES
prévoyant qu’un avis de commerce non
préjudiciable doit être basé sur des
données scientifiques.
5. «
Il incombe à chaque Etat de s’assurer que les
exportations n’auront pas d’effets
négatifs sur les populations dans la nature et de
décider de la meilleure manière de parvenir
à cette conclusion. »
– Secrétaire Général de la
CITES
La
méthodologie à utiliser relève
peut-être d’une décision
unilatérale, mais l’intention des Parties de baser
tous les avis des Autorités Scientifiques, y compris les
avis de commerce non préjudiciable, et les quotas
d’exportation sur des informations scientifiques a
été clarifiée et confirmée
de façon non-ambigüe dans les
Résolutions CITES Conf.10.3 et 14.7.
La question de
savoir si un avis de commerce non préjudiciable est
suffisamment robuste relève en effet d’une
décision souveraine du pays d’exportation.
Cependant, le Secrétariat a l’obligation de ne pas
accepter de tels avis en se fiant seulement aux apparences. Le
Secrétariat doit en effet mener un examen qui va
au-delà du permis lui-même et offrir des conseils
et des recommandations surtout quand des informations
préoccupantes ont été
portées à son attention.
6. «
Concernant le commerce de dauphins vivants, le Secrétariat
n’a reçu aucune preuve démontrant
qu’un avis de commerce non préjudiciable
n’a pas été dûment
émis avant d’autoriser une exportation.
»
– Secrétaire Général de la
CITES
Au milieu du mois
de juin 2007, Le Secrétariat était en possession
de la lettre du président du CSG de l’UICN (UICN
CSG 2007 a) qui clarifiait que les experts régionaux du
groupe n’étaient pas en mesure de localiser,
fournir ou confirmer la moindre base scientifique pouvant justifier la
délivrance d’un avis de commerce non
préjudiciable pour Tursips
aduncus,
l’espèce en cause, dans les eaux des Iles Salomon.
Le Secrétariat a donc bien reçu des informations
indiquant qu’aucune preuve ne démontrait
l’existence de bases suffisantes pour
l’émission d’un avis de commerce non
préjudiciable. Si le Secrétariat ne
bénéficie pas d’expertise scientifique
suffisante au sein de son personnel, il se doit de consulter les
spécialistes du monde ; dans la présente instance
et dans d’autres instances, il s’agit du Groupe de
Spécialistes pertinent de la Commission pour la Survie des
Espèces de l’UICN.
En faisant cette
déclaration, le Secrétaire
Général a créé un standard
de preuve de facto
impossible à remplir pour remettre en
question les avis de commerce non préjudiciable. Il a en
effet déclaré que le pays d’exportation
a seulement besoin de dire qu’il n’y a aucun
préjudice (sans document le justifiant ou sans aucune preuve
ce qui est contraire aux Résolutions Conf.10.3 et 14.7).
Cela n’est pas compatible avec la pratique en place
à la CITES depuis son entrée en vigueur en 1975.
En effet, d’après le Secrétaire
Général, toute autre Partie, bailleur de fond ou
personne concernée doit présenter des preuves
solides montrant que l’exportation est
préjudiciable. Le Secrétaire
Général, en faisant cette déclaration,
a en effet décidé qu’il
considère que la confirmation du fait que de telles preuves
n’existent pas – ou du fait que les informations
scientifiques pouvant déterminer l’existence du
caractère préjudiciable ou non
préjudiciable sont insuffisantes – ne suffisent
pas pour questionner la possible validité d’un
commerce proposé.
En vue de l’information des
lettres du CSG de l’UICN, la déclaration du
Secrétaire Général ignore
également le principe de précaution qui garantit
que, en cas d’incertitude, les Parties « agiront au
mieux dans l'intérêt de la conservation de
[l’]espèce » (les Parties ont
adopté ce texte dans le cadre de l’inscription des
espèces aux Annexes CITES (Résolution Conf. 9.24
(Rev. CoP14))).
7. «
De même, il n’a reçu aucune preuve
démontrant que le commerce actuel ou futur aura des effets
négatifs sur les populations de dauphins. »
– Secrétaire Général de la
CITES
En faisant cette
déclaration, le Secrétaire
Général a renversé la charge de la
preuve. Il a rendu la charge de la preuve inflexible au point de la
rendre irréaliste, impossible à satisfaire, et
incompatible avec le traité CITES lui-même. La
charge de la preuve relève du pays d’exportation
qui doit fournir suffisamment d’informations scientifiques
pour justifier la délivrance d’un avis de commerce
non préjudiciable, ce qui a été
exprimé par les Parties dans la Résolution CITES
Conf.10.3. Le Secrétariat a, sans consulter les Parties et
en violation de cette Résolution, renversé la
charge de la preuve et a décidé que les Parties
ou toutes les autres entités souhaitant remettre en cause
les avis de commerce non préjudiciable doivent fournir des
informations scientifiques montrant que l’exportation
« aura des
effets négations » (emphase
ajoutée).
Le
Secrétariat a été informé
par le CSG de l’UICN du fait qu’il n’y
avait pas suffisamment d’information scientifique pour
justifier la délivrance d’un avis de commerce non
préjudiciable pour les grands dauphins de
l’océan indien dans les eaux des Iles Salomon. Le
Secrétariat a ignoré cette information transmise
par les spécialistes et a fait une déclaration
qui va à l’encontre de l’intention
claire des Parties retranscrite dans la Résolution CITES
Conf.10.3 qui dispose qu’un avis de commerce non
préjudiciable doit être basé sur des
informations scientifiques.
8. «
Je ne pense pas qu’il est possible de qualifier
l’information de l’UICN de preuve montrant que le
quota d’exportation est préjudiciable. Il y a de
très nombreux dauphins, beaucoup sont tués comme
prises incidentes et attrapés pour la consommation
alimentaire. Les 80 dauphins vivants affectent à peine les
nombres »
– Secrétaire Général de la
CITES Willem Wijnstekers, dans un email daté du 15 octobre
2007
La lettre du CSG
de l’UICN ne déclarait pas et n’avait
pas l’intention de déclarer que le quota
était préjudiciable. Le Secrétaire
Général a renversé la charge de la
preuve et a établi des conditions impossibles à
remplir. Les Parties CITES n’ont pas l’obligation
de montrer qu’une exportation particulière est
préjudiciable ; c’est le pays
d’exportation qui a l’obligation de
déterminer qu’une exportation n’est pas
préjudiciable. Il s’agit de l’essence
même du traité CITES. La lettre du CSG de
l’UICN souhaitait informer le Secrétariat
qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves
scientifiques pour déterminer que le commerce
n’était pas préjudiciable. Les
Résolutions CITES 10.3 et 14.7 et le texte de la Convention
lui-même sont clairs : la charge de la preuve incombe au pays
d’exportation qui doit démontrer l’effet
non préjudiciable, il n’incombe pas aux Parties
concernées et aux autres entités de
démontrer l’effet préjudiciable. Le CSG
de l’UICN cherchait seulement à informer le
Secrétariat du fait qu’il n’y avait pas
suffisamment de preuves scientifiques pour justifier la
délivrance d’un avis, quel que soit cet avis.
Pour ce qui
concerne le commentaire du Secrétaire
Général disant qu’il y a « de
très nombreux dauphin », il est difficile
d’interpréter ce commentaire autrement
qu’en assumant que le Secrétaire
Général pense que d’autres
espèces de dauphins et/ou d’autres populations de
dauphins de la même espèce dans le Pacifique du
Sud viendront d’une façon ou d’une autre
remplacer (sur le plan écologique) les grands dauphins de
l’océan indien prélevés dans
les eaux des Iles Salomon (on peut également penser que le
Secrétaire Général n’a pas
conscience de l’espèce exportée dans la
présente instance ; il peut avoir confondu Tursiops aduncus
avec une autre espèce de dauphin). Si c’est ce que
le Secrétariat voulait dire, cette déclaration
fait preuve d’un manque de compréhension total de
l’écologie et de la dynamique des populations de
dauphins (ou de mammaliens). Les dauphins (et beaucoup de
mammifères) vivent dans des populations et des stocks
distincts qui sont, au moins en partie, souvent isolés
géographiquement et/ou sur le plan de la reproduction
(Perrin et al.
2002; Reeves et al.
2003). Beaucoup de ces stocks, du
fait de l’absence ou du caractère
limité de l’échange
d’individus, ne pourraient pas
récupérer des déclins
causés par le biais du réapprovisionnement
provenant d’autres stocks. Il y a des douzaines
d’espèces de dauphins et des centaines, voir des
milliers, de stocks ou de populations de ces dauphins (Reeves et al.
2003) – ceux-ci ne sont pas interchangeables. La
déclaration du Secrétaire
Général semble néanmoins dire
qu’ils le sont. Si elle était appliquée
à la gestion des espèces sauvages, cette
façon de penser pourrait avoir des conséquences
désastreuses pour les grands dauphins et pour beaucoup
d’autres espèces. Il est vrai qu’on ne
peut pas exiger que le Secrétaire
Général soit un spécialiste sur toutes
les espèces – c’est pourquoi les Groupes
de Spécialistes de la SSC de l’UICN (et les autres
experts scientifiques indépendants) doivent être
consultés pour leurs opinions indépendantes sur
de telles questions.
Les prises
incidentes et les chasses de dauphins ne sont pas des questions
couvertes par la CITES. Les chasses traditionnelles des Iles Salomon
n’isolent pas l’espèce visée
pour le commerce des animaux vivants (les habitants des Iles Salomon
chassent principalement les espèces Stenella spp.; Tursiops
spp. et les autres dauphins font, le cas échéant,
l’objet de prises incidentes) (Takekawa 2000). Le
Secrétaire Général ne semble pas
être conscient du fait que les grands dauphins de
l’océan indien ne sont pas
spécifiquement visés pour d’autres fins
dans les Iles Salomon. Pour ce qui concerne la suggestion selon
laquelle les menaces présentées par les prises
incidentes de la pêche et la chasse directe
excèdent celles présentées par les
captures d’animaux vivants, cela est peut-être le
cas. Cependant, la question n’est pas là
– le Secrétaire Général fait
encore une fois preuve d’une perspective
renversée. Un avis CITES de commerce non
préjudiciable doit examiner si l’exportation aura
un effet non préjudiciable, en plus des autres menaces
à l’espèce concernée. Il y a
beaucoup d’espèces de l’Annexe II qui
sont soumises à des menaces en plus du commerce
international; la délivrance d’un avis de commerce
non préjudiciable valide incorpore et reflète ces
menaces cumulées. Le CSG de l’UICN, dans son Plan
d’Action pour 2002-2010, a noté que « le
prélèvement des cétacés
vivants dans la nature, pour exposition en captivité et/ou
recherche, équivaut à un abattage
délibéré ou incident, puisque les
animaux mis en captivité (ou tués lors de leur
capture) ne sont plus disponible pour aider à maintenir leur
populations. Si elles
ne sont pas gérées et si
elles sont entreprises sans un programme de recherche et de suivi
rigoureux, les captures d’animaux vivants peuvent devenir une
menace sérieuse aux populations locales de
cétacés » (emphase
ajoutée -
Reeves et al.
2003, p. 17). Le Secrétaire
Général semble ne pas avoir connaissance de cette
information ; il devrait consulter les spécialistes mondiaux
sur les cétacés avant de se prononcer sur le
risque que les captures d’animaux vivants
représentent pour les populations locales.
Par ailleurs. Le
Secrétaire Général semble
considérer la totalité du complexe des
espèces de grands dauphins (qui comprend au moins deux
espèces et probablement plusieurs sous-espèces,
et des douzaines voir des centaines de populations et de stocks) comme
une population homogène et interchangeable. Cela constitue
une perception défectueuse de la dynamique de population de
cette espèce complexe, et des espèces de
mammaliens en général, ainsi que des menaces de
conservation auxquels ceux-ci sont confrontés. Les grands
dauphins côtiers doivent être pris en compte au
niveau de chaque population – certaines populations sont
isolées sur le plan de la reproduction même si
elles sont proches sur le plan géographique (Reeves et al.
2003).
9. «
C’est bien sûr autre chose que de
s’opposer au commerce des dauphins vivants pour des raisons
qui touchent au bien-être des animaux, mais dans ce cas,
j’ai bien peur qu’une inscription à
l’Annexe II ne puisse pas faire grand-chose »
– Secrétaire Général de la
CITES Willem Wijnstekers, 15 octobre 2007
Alors que les
préoccupations exprimées auprès du
Secrétariat Général touchaient
seulement au manque de données scientifiques, ce dernier a
choisi de considérer ces préoccupations comme
motivées par des questions touchant au bien-être
des animaux et par des positions anti-captivité. Il est vrai
que certaines organisations non-gouvernementales présentent
des arguments touchant à ces questions dans
d’autres forums mais à notre connaissance, aucune
des organisations ayant exprimé ses
préoccupations au Secrétariat ne l’a
fait sur cette base. A notre connaissance, aucune Partie n’a
fait part de ses préoccupations en se basant sur des
questions de bien-être des animaux. Les
préoccupations exprimées se sont
basées sur l’opinion du CSG de l’UICN
qui est claire et rédigée de façon
ferme : il est impossible de justifier qu’aucun effet
préjudiciable ne découlerait de ce commerce parce
qu’il n’y a eu aucune évaluation
scientifique adéquate de la distribution et de
l’abondance de la population. La confusion du
Secrétaire Général entre cette
question et la question du bien-être des animaux est
inexplicable.
10. «
Les lettres du CSG de l’UICN étaient
principalement basées sur une mission de trois jours dans
les Iles Salomon en 2003 et ont par conséquent peu de poids
»
– Secrétaire Général de la
CITES, communication personnelle, 15 octobre 2007
Les preuves
présentées au Secrétariat de la CITES
par le CSG de l’UICN n’étaient
pas
basées sur une mission de trois jours. La mission
à laquelle se réfère le
Secrétariat de la CITES n’est pas
rattachée à la lettre envoyée par le
CSG de l’UICN au Secrétariat de la CITES en juin
2007. Cette mission avait pour but d’évaluer le
bien-être des animaux impliqués dans
l’opération de capture de 2003
(l’équipe de spécialistes de
l’UICN se composait alors de spécialistes de
captures des dauphins et de vétérinaires
spécialisés sur les mammifères marins)
et de réunir autant d’informations sur le terrain
que possible sur l’opération. La lettre
envoyée par le CSG de l’UICN au
Secrétariat en juin 2007 était une
évaluation de la science disponible sur les populations de
dauphins dans les eaux des Iles Salomon et se basait à la
fois sur les connaissances professionnelles d’au moins deux
membres du CSG de l’UICN, qui sont des experts pour cette
région (Dr. Benjamin Kahn et Dr. John Wang) et sur un examen
détaillé de la littérature
scientifique. Aucune information revue par les pairs portant sur les
populations de dauphins dans la région n’est
disponible et d’après les spécialistes
régionaux, il n’y a pas non plus
d’articles substantiels d’origine douteuse qui
portent sur ces populations. Le Secrétaire
Général dit que la charge de la preuve appartient
à ceux qui font part de leurs préoccupations
puisqu’ils doivent démontrer qu’il y a
un effet préjudiciable et qu’il
n’appartient pas au pays exportateur de démontrer qu’il
n’y a pas d’effet
préjudiciable. En juin 2007, le CSG de l’UICN
informait le Secrétariat que d’après
les spécialistes régionaux, aucune
donnée n’est disponible sur ces populations ce qui
signifie qu’aucune base scientifique ne permet de justifier
la délivrance d’un avis de commerce non
préjudiciable. Le Secrétaire
Général semble insinuer que puisque le CSG de
l’UICN n’a pas apporté de preuve solide
montrant qu’il
y avait un effet préjudiciable, ce
qu’il dit n’a aucune importance. Les Parties de la
CITES devraient être fortement
préoccupées par cette interprétation.
Conclusion
Nous nous
inquiétons du fait que, dans l’instance
présente, les malentendus du Secrétaire
Général ont mené le
Secrétariat de la CITES à émettre des
jugements et des déclarations qui ignorent le contexte
spécifique de ce commerce, et l’intention des
Résolutions de la CITES concernant la
nécessité d’avoir des informations
scientifiques sur lesquelles baser les décisions sur la
durabilité des exportations. Nous soutenons
complètement le traité de la CITES dont
l’essence est la délivrance d’avis de
commerce non préjudiciable basés sur la science.
Nous encourageons les Parties à résoudre cette
question.
Références:
CITES Résolution Conf. 10.3 –
http://www.cites.org/fra/res/10/10-03.shtml
CITES Résolution Conf. 14.7
– http://www.cites.org/fra/res/14/14-07.shtml
CBI (Commission Baleinière
Internationale). 2004. Rapport du Comité Scientifique IWC56.
Groupe
de Spécialistes sur les Cétacés de
l’UICN (Union Mondiale de Conservation de la Nature). 2007a.
Lettre au Secrétariat de la CITES, 13 juin 2007.
Groupe
de Spécialistes sur les Cétacés de
l’UICN (Union Mondiale de Conservation de la Nature). 2007b.
Lettre aux Ministres des Iles Salomon, 13 juin 2007.
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Reeves, R.R., B.D. Smith, E.A. Crespo,
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pour la Conservation des Cétacés du Monde
2002-2010]. UICN/SSC Groupe de Spécialistes
sur les Cétacés. IUCN, Gland, Switzerland and
Cambridge, U.K.
Takekawa, D. 2000. Hunting method and
the ecological knowledge of dolphins among the Fanalei villagers of
Malaita, Solomon Islands [Méthodes de chasse et connaissance
écologique des dauphins parmi les villageois de Malaita dans les
Iles Salomon]. SPC
Traditional Marine Resource Management and Knowledge Information
Bulletin 12: 3-11.
--Préparé par le Réseau pour la Survie des Espèces, 21 Novembre 2007.
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